Les Planches courbes, Yves Bonnefoy

 

Extrait proposé en correspondance avec l’étude du Premier homme  de Camus

 

Association des deux extraits :

 

 

Pistes pour l’analyse du texte de Bonnefoy :

 

1)      Une quête du père

a.      Le père est d’abord un mode d’identification, de construction de l’identité : « qui es-tu ? Je ne sais pas » … Rapport à la parentalité : « on te fait signe, on t’appelle » Le « on » désigne ici celui qui assume le rôle de père , ou devrait l’assumer, dans un acte quotidien et banal.  La réponse met en évidence l’expression douloureuse du manque : « Je ne sais pas », « On ne m’appelle pas ».

b.      L’absence du père se manifeste aussi dans la recherche d’un définition de la fonction paternelle : « Un père qu’est-ce que c’est ? » La réponse engage une fonction  affective, rassurante, consolatrice. (Présence et accompagnement dans l’évocation de l’histoire pour dormir, ce qui a un rapport avec le rite du passage de la veille au sommeil)

c.       Le père = la maison et un ensemble de rites sécurisants. En l’absence du père, « les femmes » (penser à Camus) assume un rôle de substitution. Elles apportent douceur, affection, nourriture (mères nourricières.) Et enfin, affirmation : « pour être un père, il faut une maison »

 

2)      Le rituel du passage

a.       Réinvestissement du mythe de St Christophe : physiquement, « grand, géant, très grand » ; dans la gestuelle (« le prit … le plaça sur ses épaules »). La phrase reprend de très près celle de la traduction de la Légende Dorée. Désigné d’emblée par sa fonction : le passeur (cité 6 fois), « près de la barque » mais une restriction à la fin « je ne suis que le passeur »

b.      Le mythe de Christophe associé à celui de Charon (symbolique de la pièce « la petite pièce de cuivre », « j’ai de quoi payer le passage ». L’évocation du mythe de Charon, représentatif du passage aux enfers, donc de la mort, peut être ici assimilé au symbole de la mort de l’enfance, ce qui sera appuyé par la fin du texte , l’enfant qui grandit …

 

3)      Symboliques du passage

a.      Nécessité de l’accomplissement du destin humain : « je dois passer le fleuve », « Je resterais volontiers auprès de toi  –Non, ce n’est pas possible » et en même temps, rappel de la nécessité de l’adulte pour effectuer le passage.

b.      Effacement  de l’adulte, « fléchissement de la barque sous le poids de l’homme et de l’enfant » puisque l’enfant a grandi.

c.       Passage accompli la petite jambe est devenue « immense ». Sortie de l’enfance. Mythe de Charon = mort de l’enfance.

d.      Le passage doit aussi se faire dans le langage « il faut oublier ces mots, les mots ». « Ces mots » = père, maison ?  S’accomplir dans son destin d’homme, d’adulte.