Pascal,
Pensées
Liasse 1 :
« Ordre »
Cette liasse,
placée au début de l’édition des Pensées, réunit des fragments qui
font référence à la composition et une recherche d’ordre possible pour les
fragments à venir. Dans la mesure où l’organisation des Pensées procède
d’une intention argumentative, il est important repérer dans ces fragments les
prémices d’une stratégie.
La forme
des fragments est celle d’une prise de notes, en bribes parfois inachevées,
en phrases non verbales, parfois assez énigmatiques, sauf pour son auteur.
Cela tient des notes de travail.
L’observation
du lexique incite bien à comprendre qu’il s’agit d’une recherche et d’un travail de mise en ordre :
·
« ordre » est répété 4 fois, en début de fragment
comme indication de classement.
·
Des connecteurs logiques ou marqueurs temporels sont utilisés.
·
Le fragment 4 propose un plan clair établi : « 1ère
partie …2ème partie. »
1) Au delà de l’aspect formel,
cette liasse met en évidence un réel souci
de composition et de recherche stylistique liée à la recherche
d’une efficacité de l’apologie :
·
Réflexion et choix d’un genre : l’épistolaire. Ce choix
est motivé par la « mode » du moment. (cf. Mme de Sévigné) La pratique
de la correspondance et sa lecture est une activité appréciée dans les salons,
là où se rencontrent les libertins. De plus, une part est prévue pour le dialogue
(ou faux dialogue) dans ces lettres, ce qui donnera un aspect vivant. De plus,
ces lettres dialoguées donnent ainsi la parole à l’autre. On évite ainsi le
ton pontifiant et univoque des discours religieux. (2 – 3). Enfin, cela traduit
une prise en compte du lecteur et de l’interlocuteur. On peut lire des remarques
qui témoignent de l’anticipation des objections possibles ( Textes sur les
Juifs, position des philosophes …)
·
Certains éléments tiennent de l’anecdote et n’excluent pas
l’ironie – « plaisanteries » (7) pour mieux démontrer.
·
Réflexion sur une stratégie argumentative d’approche de la
religion : annonce de plans possibles (4) qui révèlent la dialectique
des Pensées.
·
Annonce des textes majeurs : la lettre d’exhortation
(3 ->398) , exhortation très forte (protreptique) à croire ( l’homme ne
peut vivre dans l’incertitude de sa condition métaphysique) et le discours de la Machine, Lettre d’ôter
les obstacles (9 -> fragment sur le pari 397).
2) Une réelle conscience de l’enjeu
et de sa difficulté justifie la réflexion sur la forme :
·
Ce qui est au cœur du problème est la question de la
foi et par conséquent la question des preuves (5 – 1)
·
Quelle valeur pour le témoignage ? (1 Question de Mahomet).
·
La foi peut-elle être prouvée par la nature ? Non :
Réfutation des théologiens humanistes (2)
·
Quelle conception de la foi chez les philosophes ? Nécessité
de consulter, de chercher leurs doctrines pour mieux y répondre (2 – les sceptiques
et Montaigne)
·
Montrer que la foi est une démarche, qu’elle doit être recherchée
( 3-9)
·
Nécessité de convertir : conscience du problème de
la religion, peu respectée, mal aimée ou trop crainte : cela exige
deux étapes : d’abord l’instauration du respect (« vénérable »)
puis « aimable » parce que
liée au bien. (10)
La liasse « ordre » se
présente donc comme un ensemble de fragments révélateurs des préoccupations
essentielles de Pascal quant à son projet : mener à bien une apologie
de la religion en prenant en compte toutes les difficultés théologiques et
conceptuelles dans une forme efficace, voire attractive.