Sujet EAF donné au Liban, le 1er juin 2010
Objet d’étude : La poésie
Corpus :
Texte A - Joachim du Bellay, " France, mère des arts ..." Les
Regrets, sonnet IX
Texte B - Alphonse de Lamartine, "L'automne", Méditations poétique,
1820
Texte C - Charles Baudelaire, " Un hémisphère dans une chevelure",
Petits Poèmes en prose (posthume), 1869.
Texte D-Jules Supervielle, "Les Chevaux du temps", Les Amis inconnus,
1934.
A)
France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine,
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau
B)
L'Automne
Salut! bois couronnés d'un reste de verdure!
Feuillages jaunissants sur les gazons épars!
Salut, derniers beaux jours! Le deuil de la nature
Convient a la douleur et plaît a mes regards!
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois!
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais!
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui!
Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau;
L'air est si parfumé! la lumière est si pure!
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau!
C)
Un hémisphère dans une chevelure
Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger
tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source,
et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs
dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que
j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme
des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures
; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants
climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère
est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants
mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de
toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées
sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures
passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées
par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes
rafraîchissantes.
Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé
à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir
l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure
je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de
coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille
tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.
Baudelaire, Le Spleen de Paris
D)
Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte
J’hésite un peu toujours à les regarder boire
Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif.
Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant
Pendant que leurs longs traits m’emplissent de faiblesse
Et me laissent si las, si seul et décevant
Qu’une nuit passagère envahit mes paupières
Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces
Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé
Je puisse encore vivre et les désaltérer.
La question: Comment s'expriment les sentiments du poète
dans les quatre textes du corpus ? (ne pas excéder une vingtaine
de lignes)
Commentaire : texte B, L'Automne, Lamartine
Dissertation: La poésie est-elle pour le poète un refuge face au monde réel ?
Invention : Vous écrivez de la poésie et avez
adresse un recueil a une maison d’édition qui l'a refuse. Vous
rédigez, au choix:
- Soit la lettre de refus que vous a envoyée le directeur de la maison d’édition: selon lui vos poèmes sont trop inspires par les problèmes de société et les débats actuels
- Soit la lettre que vous adressez en réponse a ce directeur: vous y soutenez l'importance, pour la poésie, d'aborder des questions de société.